Bulletin Officiel de l'Education
Nationale
N°48 du 24 décembre
www.education.gouv.fr/bo/1998/48/ensel.htm
- vaguemestre@education.gouv.fr
ENSEIGNEMENTS ÉLÉMENTAIRE ET
SECONDAIRE
L'avenir du système éducatif en
milieu rural isolé
NOR : SCOE9803197C
RLR : 510-1 ; 520-7
CIRCULAIRE N°98-252 DU 17-12-1998
MEN
DESCO
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Texte adressé aux recteurs ; aux inspecteurs d'académie,
directeurs des services départementaux de l'éducation
nationale ; aux inspecteurs de l'éducation nationale
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MISE EN PLACE DES RÉSEAUX D'ÉCOLES RURALES
ET DE COLLEGES
L'école rurale bénéficie en apparence
de moyens plus importants que l'école urbaine parce que
le nombre d'élèves par maître y est plus
faible. En réalité lorsqu'elle est située
en zone fragile, elle est souvent pénalisée par
son isolement, la rareté de l'offre culturelle et sportive
et par son retard dans l'offre d'écoles maternelles. Cependant
en zone rurale, là où les classes à plusieurs
cours sont majoritaires, les résultats des élèves
dans les savoirs de base sont identiques voire légèrement
supérieurs à la moyenne nationale.
Sur ces territoires l'éducation nationale doit mobiliser
et encourager les partenariats avec tous les acteurs du milieu
rural, enseignants, parents d'élèves, élus,
associations, dans le double objectif :
- d'assurer un service public d'éducation de qualité
qui offre une égalité de chances aux élèves
des petites communes rurales ;
- de consolider des structures scolaires durables qui jouent
un rôle pour l'aménagement du territoire grâce
à la mise en réseaux des établissements
scolaires.
L'école, qui est souvent le dernier service public
en milieu rural isolé, se trouve ainsi au cur d'un
projet plus global de dynamisation du milieu rural en articulation
avec des partenaires variés. Pour atteindre ces objectifs,
vous engagerez donc, sans tarder, la concertation la plus large
possible dans le cadre des orientations ci-dessous définies.
I - Les nouveaux outils de l'aménagement du territoire
scolaire en milieu rural isolé
I.1 Les réseaux d'écoles rurales et le partenariat
avec les collectivités locales (communes et départements)
Les 4 600 regroupements pédagogiques intercommunaux
qui concernent 440 000 élèves environ, ont constitué
une première réponse et dans bien des endroits,
ils ont permis le maintien d'une structure scolaire qui sans
eux aurait disparu. Mais ils sont à la recherche d'un
nouveau souffle, soit parce que les évolutions démographiques
se sont poursuivies, soit parce que certaines communes n'en faisaient
pas partie.
En partenariat et après discussion avec tous les acteurs
du milieu rural, et notamment dans le cadre des comités
locaux d'éducation (enseignants, parents, élus),
vous définirez des réseaux d'écoles rurales
permettant d'organiser des projets éducatifs cohérents
de la maternelle au collège.
Les inspecteurs de l'éducation nationale dont l'engagement
est primordial, notamment en secteur rural, ont un rôle
fondamental à jouer.
L'objectif recherché dans les cantons ruraux
de petite taille, par la mise en place des réseaux d'écoles,
par une offre éducative scolaire et périscolaire
de qualité, c'est de freiner le mouvement des élèves
vers les chefs-lieux de canton et même d'encourager un
mouvement du centre vers les périphéries.
Vous désignerez, après consultation des enseignants
concernés, le coordonnateur du réseau qui sera
choisi pour ses capacités à mener un travail d'animation
et de pilotage.
La mise en place de réseaux d'écoles rurales
peut se prévoir sur plusieurs années. Elle prend
alors la forme d'une convention comprenant les engagements réciproques
de l'État (emplois et crédits) et des collectivités
locales (emplois, locaux, équipements, transports, structures
d'animation...) afin de permettre à celles-ci (communes,
structures intercommunales, département, éventuellement
région) de programmer leurs investissements dans le cadre
d'une politique d'aménagement du territoire rural.
I.2 L'évolution des écoles à classe unique
Une fermeture d'école est douloureusement ressentie
par les petites communes rurales car l'école est le signe
tangible que l'avenir existe et, quand elle disparaît,
c'est souvent le dernier service public qui disparaît aussi.
Le moratoire a permis à de nombreuses communes de mettre
en place des activités périscolaires, de rechercher
activement la venue de familles nouvelles.
Mais après cinq années d'application, certains
effets du moratoire ne sont pas positifs pour les élèves
et les enseignants ; il a parfois accéléré
le processus de désertification scolaire alentour. C'est
pourquoi chaque école à classe unique doit faire
l'objet d'un réexamen de sa situation dans le cadre d'une
démarche dynamique et négociée.
Les inspecteurs d'académie et les inspecteurs de l'éducation
nationale engageront avec tous les partenaires concernés
ce réexamen. Ils le feront en proposant la création
d'un réseau d'écoles sur la base d'un projet éducatif
et en tenant compte des contraintes géographiques particulièrement
en zone de montagne.
C'est dans le cadre de cet effort de tous les partenaires
que les moyens pourront être maintenus sur le réseau
d'écoles, même en cas de fermeture d'une classe
unique, par exemple pour améliorer l'accueil des enfants
en maternelle, pour mettre en place des actions de soutien scolaire
ou des activités pédagogiques nouvelles (langues,
lecture, etc.) et pour réhabiliter l'exercice itinérant
d'un certain nombre de fonctions par les enseignants des écoles
: équipes mobiles d'animation et de liaison, service enseignant
bi-fonctionnel, etc.
Autrement dit, vous devrez, pour la répartition des
emplois, prendre en compte, aussi, les critères qualitatifs
et accompagner les efforts des collectivités locales.
Celles-ci devront notamment être encouragées à
uvrer pour les personnels d'accompagnement, les locaux
et les équipements des écoles, pour les déplacements
liés aux projets éducatifs et pour les logements
des enseignants, facteur de stabilité.
II - Les objectifs qualitatifs du projet éducatif en
milieu rural isolé
Chaque réseau d'écoles rurales est structuré
par un projet éducatif qui améliore la qualité
de l'action de l'école et donc la réussite scolaire
des élèves. Les principaux objectifs qualitatifs
sont indiqués ci-dessous. Bien évidemment, cette
liste pourra être complétée par les initiatives
prises localement en fonction des besoins éducatifs identifiés
sur le terrain.
Vous développerez le travail en équipe pour
la définition et la mise en uvre du projet de réseau.
Le projet éducatif pourra accompagner des activités
périscolaires et l'aménagement des rythmes de vie
dans le cadre d'un contrat éducatif local. Il sera tenu
compte des contraintes liées à l'éloignement
et le tissu associatif rural sera utilement mobilisé,
notamment les foyers ruraux.
Des indemnités péri-éducatives, des crédits
pédagogiques spécifiques et des crédits
de déplacement accompagneront la mise en place de projets
éducatifs. Des dotations vous seront notifiées
à cette fin.
II.1 Renforcer la préscolarisation et l'accueil
en maternelle
Chacun reconnaît aujourd'hui le rôle primordial
de l'école maternelle sur la réussite des élèves.
Dans les zones rurales isolées, l'accueil des enfants
se fait souvent, lorsqu'il existe, au sein de sections enfantines
intégrées dans des classes à plusieurs cours
mêlant souvent des enfants à des âges très
divers.
Les sections enfantines intégrées aux classes
élémentaires ne permettent pas toujours une scolarisation
satisfaisante des tout-petits et le progrès des autres
enfants. Afin d'offrir l'avantage reconnu d'une scolarisation
précoce, en surmontant le problème que pose le
déplacement de très jeunes enfants, des enseignants
itinérants assureront une scolarisation partielle en maternelle
les matins et consacreront leurs après-midi au soutien
scolaire ; parallèlement, la création d'écoles
maternelles intercommunales reste une solution lorsque les conditions
géographiques le permettent.
II.2 Stabiliser les enseignants sur ces réseaux
On constate actuellement que la rotation des enseignants sur
les postes en milieu rural est beaucoup plus élevée
que la moyenne nationale.
C'est en favorisant au mieux l'intégration des enseignants
dans l'environnement immédiat que l'école rurale
pourra retrouver son rayonnement. La mise en place du coordonnateur
de réseau peut notamment y contribuer.
Il conviendra également d'inciter les collectivités
à réhabiliter des logements pour les professeurs
des écoles et les enseignants de collège. Une liaison
étroite avec le préfet pour l'attribution d'aides
spécifiques permettra aux collectivités de s'engager
dans cette démarche.
II.3 Améliorer les liaisons école-collège
en zone rurale isolée
La liaison école-collège est un élément
essentiel pour la réussite des enfants au collège.
Toutes les améliorations doivent être recherchées
comme le démontrent des coopérations exemplaires
entre enseignants volontaires des écoles et des collèges
qui se traduisent notamment :
- par des échanges de services entre professeurs d'école
et professeurs de collège appuyés sur des objectifs
élaborés et mûris en équipe par les
enseignants du premier et du second degré ;
- par l'accueil des élèves du primaire au collège
pour bénéficier des compétences spécifiques
de ses professeurs, notamment en langues étrangères,
et de ses équipements.
II.4 Développer l'aide et le soutien scolaires
L'éloignement et l'isolement sur le plan de l'environnement
social et culturel constituent pour les élèves
défavorisés une difficulté supplémentaire.
Des actions innovantes de soutien scolaire doivent être
mises en place. Le rôle des RASED et des maîtres
spécialisés devra être précisé.
III - L'avenir des petits collèges ruraux
Une soixantaine de collèges ruraux comptent moins de
100 élèves et près de 300 collèges
comptent moins de 200 élèves. Un collège
est un facteur structurant des cantons ruraux mais leur maintien
ne doit pas se faire aux dépens de l'égalité
des chances pour les élèves et il faut donc activement
préparer leur avenir.
III.1 Groupe de travail départemental sur les petits
collèges
Les inspecteurs d'académie doivent mettre en place,
en liaison étroite avec les conseils généraux
et les préfets, un groupe de travail réunissant
l'ensemble des partenaires de l'éducation nationale et
ceux de l'aménagement du territoire pour élaborer
un schéma départemental des collèges ruraux.
Une analyse fine sera faite sur les itinéraires scolaires
des élèves et sur les choix d'orientation des familles,
afin d'apprécier le rôle du collège au regard
de l'égalité des chances. Une synthèse académique
en sera faite par le recteur. Le groupe de travail explorera
toutes les solutions permettant la revitalisation des petits
collèges ou préparant leur mise en réseau
entre eux et/ou avec les écoles alentour. Les collèges
des académies limitrophes devront être intégrés
à ce schéma en tant que de besoin. La réflexion
devra prendre en compte tous les facteurs liés à
la revitalisation du territoire rural.
III.2 Plusieurs idées peuvent être explorées
visant à retrouver un potentiel d'élèves
favorisant l'émulation scolaire :
a) la relance des internats
Pour être attractive, la notion "d'internat"
doit évoluer vers celle d'"internat-foyer" soulignant
la qualité de l'accueil, la convivialité, le respect
de l'intimité des élèves avec la disparition
des grands dortoirs, l'accueil à temps partiel ainsi que
le soutien pédagogique et l'encadrement éducatif
et culturel qui constituent un atout déterminant.
Ces internats-foyers sont destinés :
- soit aux élèves du secteur qui subissent de
très longues durées de transport ;
- soit aux élèves des quartiers urbains à
la recherche de conditions paisibles de travail, qu'ils soient
originaires de l'académie considérée ou
d'une autre académie (action de jumelage rural-urbain)
;
- soit à l'accueil de classes transplantées favorisant
par exemple l'éducation à l'environnement.
Vous associerez le plus possible les jeunes et leurs familles
à leur conception.
b) la mise en réseau autour de centres de ressources
multimédia ; comme pour l'équipement des réseaux
d'école, vous inciterez, avec le préfet, à
la mise en place de financements permettant une péréquation
des moyens en faveur des collectivités aux ressources
les plus modestes ;
c) la valorisation d'une identité du collège
(langues, environnement, patrimoine, culture, sport...) de nature
à freiner les départs d'élèves et
à en attirer d'autres ;
d) l'utilisation du télé-enseignement, notamment
pour offrir plus aisément une diversité d'options
;
e) le développement des activités de loisirs
ou de formation en dehors des périodes scolaires ;
f) l'examen de toutes les possibilités de rapprochement
avec les établissements scolaires relevant du ministère
de l'agriculture. À cette fin vous mettrez en place un
groupe de travail avec les directeurs régionaux et départementaux
de l'agriculture ;
g) une reconversion correspondant à des besoins identifiés
de formations professionnelles.
Toutes ces solutions doivent s'inscrire dans la durée
afin de permettre un engagement financier programmé des
partenaires. En particulier la construction des internats-foyers
pourra s'inscrire dans les contrats de plan État-région.
IV - Une attention accrue pour les personnels enseignants
et non enseignants du monde rural isolé
C'est grâce aux efforts soutenus des enseignants ainsi
que des personnels administratifs, d'encadrement et d'animation
pédagogique que l'école rurale a su, malgré
ses difficultés, maintenir un haut niveau d'exigence.
La revitalisation de l'école doit s'accompagner d'actions
en direction des personnels.
Les professeurs d'école stagiaires de seconde année
d'IUFM accompliront un stage en milieu rural afin d'être
préparés à vivre ses contraintes particulières.
Les enseignants exerçant déjà dans un réseau
d'écoles rurales bénéficieront en priorité
des stages de formation aux nouvelles technologies de communication
et de stages sur le travail pédagogique en milieu rural
et sur la gestion des classes à plusieurs niveaux. Les
cadres pédagogiques et administratifs du ministère
suivront également des sessions de formation sur le développement
local et le monde rural.
Vous me rendrez compte, à la fin du mois de mars 1999,
de la mise en place des premières étapes de ce
dispositif. Votre rôle d'animation et de concertation pour
l'émergence de propositions imaginatives et mobilisatrices
est essentiel.
J'adresse copie de cette circulaire aux préfets, afin
que leur rôle d'interlocuteurs auprès des élus
locaux accompagne cet effort de l'éducation nationale
pour que l'aménagement du territoire aille de pair, avec
un réel progrès de la qualité éducative
du système scolaire en milieu rural isolé et que
cette préoccupation soit prise en compte dans une action
globale de maintien des activités et des services et donc
de développement rural.
La ministre déléguée,
chargée de l'enseignement scolaire
Ségolène ROYAL