En préambule, je voudrais signaler que, si l'amorce d'analyse
que je vais vous présenter concerne la montagne française,
au sens administratif et réglementaire du terme (1), ses
résultats peuvent, en tendance, se révéler
de bons indicateurs de l'ensemble de la situation du monde rural
isolé, selon la terminologie actuelle de l'INSEE, notamment.
Les zones de montagne, dans nombre de départements ruraux
des Alpes ou du massif central par exemple correspondent du reste
dans ses grandes lignes au territoire rural. En Ardèche,
par exemple, la zone montagne et zone rurale se recouvrent ainsi
très fréquemment.
Avant d'entrer complètement dans le vif du sujet, il me
faut encore faire litière d'un préjugé tenace,
lié souvent à la modestie des montagnards et des
ruraux en général, qui voudrait que les questions
de formation, en montagne, se bornent au secteur du premier degré,
de l'école maternelle et élémentaire donc.
La formation professionnelle n'est en effet pas qu'un enjeu pour
le développement économique des villes.
Les liens nécessaires entre formation et montagne, entre
formations et montagnes plutôt, se situent de mon point
de vue à trois niveaux principaux
Quelle présence de la formation en zone de montagne ?
Comment adapter la formation aux besoins de la montagne?
La montagne peut-elle devenir prestataire de formation pour son
environnement proche et lointain ?
Présence de la formation en zone de montagne
Historiquement, la présence de la formation dans les montagnes
françaises s'est d'abord cantonnée au premier degré.
Et il est vrai que le maillage des écoles primaires est
vital pour la montagne l'école fait partie des services
indispensables minimaux en l'absence desquels le tissu social
se déchire. Une école rurale montagnarde de qualité
bien sûr qui, tout en prenant en compte les valeurs de la
montagne (solidarité, ténacité, adaptabilité,
etc.) comme ses contraintes (faible démographie, habitat
dispersé, transports difficiles, etc.) , ne soit pas moins
exigeante que son homologue urbaine l'égalité des
chances entre ruraux montagnards et citadins est à ce prix,
comme le maintien sur place, y compris sous des formes adaptées
au contexte local (regroupements pédagogiques intercantonaux,
classes uniques, etc.) des enfants dont personne, en montagne,
ne comprendrait qu'ils soient moins bien formés ici que
là sous prétexte d'isolement culturel. Les derniers
résultats des études conduites par la DEP sur la
réussite scolaire des élèves scolarisés
en classe unique (cf. Éducation et Formations n° 43/1995)
montrent clairement qu'il n'y a pas de fatalité d'échec
pour les élèves scolarisés en zone rurale.
Pour autant, les établissements du second degré, les collèges évidemment, pour qui toutes les remarques précédentes sur la qualité du tissu éducatif valent, mais aussi les lycées, ne doivent pas non plus déserter le terrain montagnard. Une enquête récente menée dans l'académie de Grenoble sur les collèges situés en zone de montagne a ainsi montré qu'à ce niveau également, sous réserve que les établissements soient de taille suffisant, le "rendement éducatif" des collèges de montagne n'était pas significativement différent de ceux des villes, ou bien ne l'était que très peu ; et qu'en tout cas, les résultats fluctuaient selon les départements (cf. L'Education Nationale en montagne quelques éléments de constat - Rectorat de l'académie de Grenoble/1991).
L'actuel maillage des lycées publics non agricoles,
très lâche, pourrait donc se densifier utilement
par l'implantation judicieuse de quelques établissements
de proximité, dotés d'une palette d'options suffisante
pour ne pas être contournés par les populations à
qui ils sont directement destinés, à l'instar de
ce qui a commencé à se faire dans la région
Rhône-Alpes par exemple. Ceux-ci facilitent en effet le
maintien sur place de parents qui n'ont plus forcément
besoin, dans ce cas de figure, pour éviter d'envoyer trop
loin leurs enfants poursuivre des études secondaires, générales
tout du moins, de quitter la montagne. Ces lycées sont
de plus susceptibles, en dehors de leur fonction scolaire de base,
de prendre une part importante toujours, déterminante parfois,
dans la construction de pôles de développement locaux
parleurs capacités scientifiques et technologiques (formation
continue des salariés, centre de ressources, etc.). Ils
peuvent enfin servir de relais local pour le télé-enseignement.
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